Les armées modernes ont-elle peur des armes légères ?

Il y aurait de quoi, à voir les chiffres considérables des tirs accidentels dans l'US Army lors des derniers engagements, en Afghanistan et en Irak. Il y a tir accidentel (negligent discharge) quand un tireur laisse partir un coup de feu de manière involontaire.

En Irak, à ce jour, 17 soldats ont été tués, et 121 blessés de la sorte. Le phénomène n'est pas nouveau. L'US Army avait enregistré environ 8000 blessures par armes pendant la première guerre mondiale, 224 mors et environ 3000 blessés pendant la guerre de Corée, environ 250 morts et 3000 blessés pendant la guerre du Vietnam.

Or, l'expérience montre qu'environ tir un accidentel sur cent provoque une blessure ou un mort. Et la majorité des tirs accidentels ne sont pas annoncés.

Les causes en sont le non-respect des quatre règles de sécurité, en particulier de la première règle.

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"Quatre règles de sécurité"

1.   Toutes les armes sont toujours chargées

2.   Ne jamais laisser pointer le canon de son arme sur quelque chose qu`on ne veut pas détruire

3.   Garder l`index hors de la détente tant que le dispositif de visée n`est pas sur le but

4.   Etre sur de son but

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A noter que personnellement, je n'utilise pas l'expression "considérée comme chargée". Cette formulation, bien que satisfaisante du point de vue juridique, implique qu'en fait l'arme n'est pas chargée, ce qui est un non-sens...

En voulant éviter à tout prix les accidents, par exemple en ne faisant charger les armes qu'immédiatement avant le tir et en faisant retirer les cartouches à la fin de chaque exercice de tir, on donne de mauvaises habitudes à la troupe. Mentalement, elle s'habitue à manier leurs armes comme si elles étaient vides. Ce sont ces mauvaises habitudes qui provoquent la casse en cas réel...

Dans beaucoup d'armées, il faut bien constater que la troupe n'a que rarement accès à ses armes. Celles-ci sont entreposées à l'armurerie la plupart du temps. La notion d'arme personnelle n'existe pas. L'arme fait partie du matériel de corps et est attribuée au militaire tant qu'il est en unité. L'arme est donc un objet inquiétant.

Une solution utilisée par certains commandants de l'US Army est de faire porter les armes chargées avec des cartouches de marquage. Ainsi, les tirs accidentels sont repérables aisément et peuvent être corrigés sur le champ.

La seule solution est néanmoins de laisser ses armes à la troupe (cas normal chez nous) et de pratiquer des exercices de longue durée avec des armes chargées. Cette manière de faire a été testée dans un stage TIFLU, il y a plusieurs années, lors d'un exercice ininterrompu de quatre jours. Aucune violation des règles de sécurité n'a été observée, et aucun tir par négligence. Et pour cause...

Notre système de travail, qui trouve ses origines dans les techniques développées lors de la seconde guerre mondiale, est toujours valable aujourd'hui. Les prescriptions de sécurité pour les tirs de combat nous laissent une marge de manoeuvre considérable.

Les armées qui n'ont pas adopté un système similaire au nôtre ont peur des armes légères. C'est un fait. Nous faisons confiance à nos hommes, car nous avons un système cohérent. Ne le perdons pas par des réactions de frousse.

La sécurité est affaire de chacun, mais avant tout des cadres. Si la troupe est bien instruite, voire éduquée à la vraie sécurité, celle qui est liée au comportement, elle n'aura pas de pertes par accidents, que ce soit à l'instruction ou à l'engagement.

C'est une question de rigueur intellectuelle.

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