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Article paru dans la RMS en 1994.
Par le capitaine Alain Baeriswyl, instructeur OFINF
Avec l'autorisation de Roger Swaelens, American Small Arms Academy, European Branch
Il m'est arrivé plusieurs fois dans mon activité professionnelle d'être confronté à la question "Pourquoi n'a-t-on pas de fusil à pompe dans l'armée ?" Cette question est souvent posée par de jeunes soldats, des sous-officiers ou chefs de section.
Une des réponses habituelles qu'on leur avait donné jusque-là était "Parce que nous sommes pas des Rambos et que c'est une arme de Rambo".
Cette réponse, outre le fait qu'elle ne fait guère avancer le débat, est néanmoins intéressante à plus d'un titre. Le premier est que l'étiquette négative de "Rambo" vient qualifier à tout propos un soldat, un sous-officier ou un chef de section dont on se serait contenté de dire, il y a quelques années, "il est fougueux", "c'est l'enthousiasme de la jeunesse", "ça lui passera". Le second est que le personnage de "Rambo", qui au demeurant n'a jamais utilisé un fusil à pompe, tel qu'il est décrit dans le premier film de la série est un personnage poignant, un homme qui a fait son devoir pour son pays et que celui-ci rejette, et qui, solitaire, se défend avec sa seule intelligence et son instruction contre des forces bien supérieures. Eloge d'une sombre brute, me direz-vous. C'est dû à la loupe déformante et au sens commercial de certains producteurs qui ont dénaturé un personnage - somme toute tragique - pour donner de lui l'image d'un tas de muscles sans cervelle. Ce phénomène pourrait s'appeler pollution ciné-télévisuelle, soit quand l'image tronquée d'une réalité devient cette réalité.
Il en est plus proche que vous ne pourriez le penser. Actuellement, la connaissance d'une arme telle que le SGN fait surtout appel à des "images mentales" provenant du petit ou du grand écran, à un point tel que la réalité en est faussée...
Le but de cet article est d'expliquer ce qu'est un fusil à pompe, quel en est l'usage, pourquoi cette arme n'est pas en dotation chez nous, et par là de donner quelques arguments étayés au chef de tout grade qui pourrait se voir un jour poser la question.
Jusqu'au milieu du XIXème siècle, à quelques exceptions près, tous les fusils possédaient un canon lisse de gros calibre et se chargeaient par le bouche. Ils pouvaient tirer soit une grosse balle de plomb (usage militaire), soit plusieurs petites balles (chasse). Avec l'apparition des fusils à canon rayé à chargement par la culasse, dès 1850 environ, il devint possible d'améliorer grandement la précision du fait de la plus grande stabilité du projectile.
Dès cette époque, les fusils à canon lisse sont devenus exclusivement des armes de chasse. Il est en effet plus facile de toucher un oiseau en vol, ou un lapin au déboulé, à l'aide d'une gerbe de petits plomb qu'avec une seule balle.
Aux Etats-Unis, lors de la conquête de l'Ouest, le fusil à canon lisse était l'arme favorite des immigrants sur leur chariot. Peu coûteux, en tout cas moins qu'un Colt ou qu'une Winchester, simple à manipuler et à utiliser, redoutablement efficace à courte distance, il servait aussi bien à améliorer l'ordinaire qu'à éloigner les prédateurs à deux ou à quatre pattes. Malgré ce que la légende hollywoodienne peut nous faire croire, beaucoup plus de duels se sont réglés dans le dos, au fusil de chasse à double canon, plutôt que debout, face à face dans la rue principale ,avec un Colt "Peacemaker".
Etant couramment disponible, le fusil à canon lisse est devenu l'arme longue de bien des "Deputy Sheriff". En effet, à l'époque, ceux-ci devaient fournir leurs propres armes pour l'accomplissement de leur mission. Il était donc naturel qu'en situation extraordinaire on ait recours à une arme longue, disposant d'une plus grande portée et d'une plus grande probabilité de toucher que l'arme de poing. Celle qui était disponible était généralement un fusil de chasse à canon lisse, monocanon ou à canon juxtaposé, ce que nous appellerons un "shotgun" de la première génération.
Vers la fin du siècle, Winchester commença à commercialiser un "shotgun" de la "deuxième génération", à savoir une arme dotée d'un magasin tubulaire placé sous le canon. Le garde-main était mobile et permettait, à l'aide d'un mouvement de pompage, d'actionner la culasse et d'alimenter la chambre à cartouche. Cette arme connut un grand succès commercial car elle permettait de disposer d'un plus grand nombre de cartouches, cinq en magasin et une en chambre, et possédait une cadence de tir élevée, le mouvement de charge ne nécessitant pas le changement de la prise en main de l'arme comme sur un fusil à verrou classique.
Quand, au cours de ce siècle, les armes ont commencé à être fournies par les corps de police, le choix s'est naturellement porté sur du matériel éprouvé et connu. C'est ainsi que le revolver a continué à être utilisé comme arme de poing et le fusil à canon lisse comme arme d'épaule, et ce jusqu'à nos jours, en dépit de l'apparition d'armes plus modernes (pistolet automatique, mitraillette, fusil semi-automatique).
Le fusil à canon lisse, à pompe en l'occurrence, fait partie de l'arsenal des forces armées américaines, comme arme de police militaire. Il a été utilisé comme arme de combat rapproché dans les combats de tranchées pendant la première guerre mondiale, comme solution d'urgence. Les armes traditionnelles, fusil à répétition et pistolet, ne donnaient en effet que partiellement satisfaction comme armes de combat rapproché face à un grand nombre d'assaillants dans un dédale de tranchées.
Le fusil à canon lisse était un arme généralement connue par les soldats US, avant tout ceux qui venaient des régions rurales. Il fut baptisé "trench gun" (fusil de tranchées) et utilisé assez fréquemment dans les raids de tranchée, bien que sa fragilité inhérente dans des conditions d'emploi militaire - n'oublions pas qu'il avait été conçu comme arme de chasse - son recul violent et sa munition inutilement encombrante. Il y fut populaire avant tout parce qu'il permettait, bien qu'imparfaitement, de répondre à un besoin tactique pressant.
Pour les forces armées, cette arme a toujours été une arme "marginale", entre autres parce qu'elle utilise généralement une munition qui n'est pas conforme aux conventions de Genève. Les projectiles, tant balles que chevrotines, ne sont en effet pas chemisés, mais se composent de plomb nu. Les Allemands déposèrent plainte auprès de la cour de La Haye et les "shotgun" US furent retirés. Le "créneau" de l'arme pour le combat rapproché allait bientôt être occupé par la mitraillette, qui apparut vers la fin de la première guerre mondiale et devait connaître son apogée lors de la deuxième.
Pour ces différentes raisons, le "shotgun" resta tout au long du siècle une arme marginale au sein des forces armées. Il fut utilisé pour le combat de jungle pendant la deuxième guerre mondiale par l'armée US, en Malaisie dans les années 50 par l'armée britannique, ainsi qu'au Vietnam dans les années 60 par certaines troupes d'élite américaines, comme les Navy SEALS. C'était, souvent par choix personnel, l'arme de l'homme de pointe, redoutable jusqu'à une dizaine de mètres.
Le "shotgun" de la deuxième génération, le "fusil à pompe", est, du point de vue mécanique, une arme de la fin du siècle passé. Des progrès dans les méthodes de fabrication et la métallurgie ont fait quelque peu changer son aspect extérieur et sa finition, mais la réalité demeure.
Certains fabricants ont voulu améliorer le "shotgun" en créant des armes dites de la troisième (dès les années '50), voire de la quatrième génération (années '70 et '80).
Les fusils de la troisième génération, soit des fusils présentant une ressemblance extérieure avec ceux de la deuxième génération - magasin tubulaire, mais fonctionnant en mode semi-automatique, en empruntant une partie des gaz pour actionner la culasse - ont également été conçus comme armes de chasse.
Les armes de la quatrième génération ont été prévues pour répondre à une demande pressante des différents corps de police américains, qui durent affronter une grande augmentation de la criminalité (2000 % de plus entre 1972 et 1991) dès le début des années '70. Ces armes possèdent un "look" futuriste, fonctionnent en mode semi-automatique et sont fabriquées à grand renfort de tôles embouties et de matières plastiques.
La fiabilité des armes des troisième et quatrième générations est grandement tributaire de la qualité de la munition. Certains modèles ont parfois un comportement capricieux lors du tir à chevrotines et à balles, et coûtent plus cher que les modèles plus classiques de la deuxième génération. D'autre part, si une arme à canon lisse peut ressembler extérieurement à un désintégrateur sorti de la guerre des étoiles, avec une ergonomie pouvant être désastreuse (nous en connaissons personnellement avec lesquelles il est IMPOSSIBLE d'utiliser les organes de visée sous peine de s'éclater les maxillaires), elle ne restera qu`une variante coûteuse d'une technologie du début du siècle.
Bien qu'il existe de notables exceptions, le Bennelli en étant une, à des SGN conçus pour être des armes de police, le fusil à pompe de la deuxième génération, tel le Remington 870, le Winchester M-1200 et le Mossberg ATP8, restent les armes favorites de la plupart des forces de l'ordre d'outre-atlantique, essentiellement pour des raisons de coût, d'ergonomie, de simplicité d'utilisation et de fiabilité.
Il existe des buckshot allant de OOO à 4
La munition standard de police est généralement la 00 (9 ballettes de 8,3 mm)
- Une balle en plomb de forme cylindrique de 18,3 mm de diamètre
Projectile de céramique ou de limaille de fer
Projectile contenant 3 cm3 de substance lacrymogène
Similaire à de la OO Buckshot
Le grand avantage du SGN dans un emploi antipersonnel est l'efficacité de sa munition à courte distance. La pénétration et la portée en sont cependant limitées, ce qui peut éviter ou réduire des dommages à des tierces personnes.
Il présente un effet dissuasif certain en raison de la publicité qui lui est faite à la télévision et au cinéma, à condition que celui qui se trouve du mauvais côté du canon ait vu le même film!
Généralement en vente libre dans nos démocraties occidentales.
6 à 8 heures pour maîtriser l'arme si l'instruction est donnée par une personne compétente.
Il faut pratiquement autant de temps pour réalimenter l'arme d'une cartouche que pour effectuer un changement de magasin au pistolet, à la mitraillette ou au fusil d'assaut.
Pour le même poids/encombrement, il est possible d'emporter environ trois fois plus de munition pour mitraillette ou F ass.
Une fois l'arme chargée avec un type de munition, il est long et difficile de retirer les cartouches et de recharger avec une nouvelle munition.
Le SGN, encore une fois à cause des médias, a généralement une mauvaise image auprès du public.
Le SGN a été l'arme d'épaule traditionnelle de la plupart des corps de police aux Etats-Unis tout au long de ce siècle, avant tout pour des raisons historiques, ainsi que du fait d'une certaine inertie administrative. Comme on le voit, c'est une arme présentant beaucoup de problèmes pour bien peu d'avantages.
La tendance actuelle est, pour les corps de police les plus progressistes, de se doter de mitraillettes ou de carabines tirant une cartouche de 9 mm comme arme complémentaire. Les raisons en sont une facilité d'emploi plus grande (moins de recul, ergonomie mieux adaptée), ainsi qu'une plus grande précision à de plus grandes distances. En résumé, tout ce qu'on peut faire avec un SGN en usage antipersonnel, on peut le faire mieux avec une mitraillette ou une carabine en 9mm.
Un SGN reste cependant en service essentiellement pour ouvrir des portes lors d'entrées "dynamiques" de groupes spéciaux, ou pour délivrer des gaz lacrymogènes dans une pièce ou un suspect s'est retranché.
La définition du SGN (ou fusil à canon lisse, ou trench-gun, ou riot-gun ou fusil de police) pourrait donc être:
Malgré la désinformation créée par le cinéma et les séries télévisées, qui ont - entre autres - conduits certains corps de police européens à adopter la démarche inverse, à savoir remplacer des mitraillettes par des SGN, il n'est pas une arme à usage multiple.
Il n'a donc pas sa place pour l'accomplissement de missions normales de combat, où une arme telle que le F ass 90 offre davantage de polyvalence. Pour cette raison principalement, il est hautement improbable que le SGN soit utilisée dans l'armée ailleurs qu'entre les mains de certains spécialistes hautement qualifiés.
Et c'est certainement mieux ainsi.
Bibliographie:
"The Combat Shotgun & Submachinegun", par Chuck Taylor, Paladin Press, 1985 (disponible auprès de la Bibliothèque Militaire Fédérale)
Notes manuscriptes de Roger Swaelens, ASAA-EB
"Réglement de la Comission Technique de la Société Militaire de Tir au Pistolet (SMTP)", 1988
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Par rapport à cet article écrit il y a six ans, certains points doivent être reconsidérés:
Le SGN a été introduit dans l'armée sous le nom de fusil à fonctions multiples 91 (Ffm 91)
Il existe désormais sur le marché une cartouche à chevrotine à chargement optimisé et à recul réduit, permettant une amélioration de près de 25 % de la capacité de toucher, optimisant ainsi le confort dutilisation et augmentant la portée de larme. Cette munition se prête fort bien à une utilisation à courte distance dans un environnement de béton, où les projectiles pleins de 5,6 ou de 9 mm créent des ricochets dangereux (garde de lentrée dun PC souterrain, fouille dun abri). De même pour le cas spécifique de la garde dinstallations de soutien contenant des matériels sensibles dans les deux sens du terme, le Ffm tirant de la munition 00 met beaucoup moins en danger ledit matériel et, partant, la troupe se trouvant à proximité.
En bon français, je naimerais pas être dans la peau dun soldat de sûreté qui regarde avec incrédulité des étincelles sortir dune caisse de Stinger dans lequel il vient de tirer une rafale lors de larrestation dun saboteur dans un dépôt souterrain ou plus simplement, dans le même scénario à lextérieur, devoir engager mon F ass avec des installations de production doxygène dans la trajectoire
Le Ffm militaire est livré avec des organes de visée similaires à ceux du F ass et de la mitraillette, simplifiant et unifiant ainsi linstruction.
Des projectiles contenant des substances irritantes, tel que CS (lacrymogène) ou OC (poivre) sont facilement disponibles. Le scénario typique demploi pour ce genre de munition est celui dun suspect barricadé dans une pièce ou dans un véhicule et refusant de se rendre. Si pour une raison quelconque la troupe ne peut pas attendre quil sorte de lui-même, nous sommes réduits actuellement à utiliser des moyens bien plus élevés dans léchelle de la proportionnalité.
une nouvelle génération de projectiles à létalité réduite sous est apparue sous diverses formes:
Le scénario-type pour ces deux cas est également un cas insoluble avec les moyens actuels, celui dun suspect violent et combatif armé dune arme blanche tenu en respect par la troupe. Sil refuse dobéir aux injonctions en lâchant son arme, mais navance pas agressivement vers la troupe, nous sommes également dans une impasse. Une munition du type décrit ci-dessus permet de résoudre le problème avec un minimum de violence. La balle de bois tirée dans la jambe permet dimmobiliser le suspect, le sachet de plomb tiré en plein poitrine le mettra KO pour le compte en lui coupant le souffle, au prix dune ou deux côtes froissées.